L’oxymore « développement durable »
La notion de développement durable permettrait
« Nous ne pouvons produire des réfrigérateurs, des automobiles ou des avions meilleurs et plus grands sans produire des déchets meilleurs et plus grands. » Nicholas Georgescu-Roegen, La décroissance. Bigger and better, est le stupide et dangereux slogan de l’idéologie américaine et de sa foi aveugle en l’avenir. Quand on s’est trompé de train, il ne suffit pas de ralentir ou de stopper la locomotive, il s’agit de descendre du train et d’en prendre un autre, qui va dans la direction opposée. En fait l’ambiguïté du développement durable, c’est qu’il ne dit rien sur ce qui doit durer, sur ce qu’il faut préserver pour les générations futures et comment ? C’est ainsi que Peter Brabeck, PDG de Nestlé, leader mondial de l’eau en bouteille, défend le développement durable : contestant l’avis des ONG selon lequel tout être humain est en droit d’avoir de l’eau, il répond sans aucune gêne : « L’eau est un aliment, elle devrait donc avoir une valeur marchande ». Le marché de la faim, film d’Erwin Wagenhofer. Pour le juriste Guy Carcassonne, « Rien n’est gratuit, surtout pas l’assainissement ». Mais pourquoi y a-t-il nécessité d’assainissement ? Parce qu’il y a surpopulation et concentration urbaine. Demain toute l’eau potable sera en bouteille et vendue partout dans le monde… et après-demain : l’air. Entre-temps, bien sûr, la guerre de l’eau aura fait de nombreux morts, autant par les armes que par la soif. C’est ce qu’on appelle le développement durable.
L’incontournabilité de la croissance, pour tous les dirigeants, fait que le développement durable est donc une escroquerie, un voile pour cacher la réalité.
On pourrait ajouter : plus d’incinérateurs, plus de circulation automobile, donc plus d’effet de serre, plus d’asthme, plus de soins, plus de consommation de pilules antidépressives, plus de morts sur les routes et donc un PIB (Produit intérieur brut) en augmentation. En fait la croissance est un mythe, puisque si l’on retranche du PIB, le coût de tous les dégâts causés par la croissance au lieu de l’ajouter, le taux devient très négatif., même dans les pays à forte croissance. La croissance, en fait, n’est que la croissance des nuisances. Et il n’y a aucune relation entre le PIB ou le PNB et la qualité de la vie, au contraire. Le langage des économistes et des élus est donc mensonger à la base. Pour Arne Næss, PNB signifie de plus en plus : pollution nationale brute ! Le développement durable n’est qu’un oxymore : une figure de rhétorique où deux mots désignent des réalités contradictoires.
Et Nicolas Hulot dans son Pacte écologique « Les rapports de mille pages [que reçoivent les ministres] se trouvent réduits en une note de synthèse de quelques dizaines de lignes rédigées par un conseiller, dont la vérité oblige à dire que beaucoup sont exposés à la pression des lobbies. » Le développement durable dans le cadre du libéralisme ne peut parler de l’essentiel, qui est la liberté non contrôlée de produire et d’acheter. Alors que le développement durable ou soutenable devrait se réaliser sans mettre en danger les systèmes naturels qui nous font vivre : l’atmosphère, l’eau, les sols et les êtres vivants.
Une telle démarche prise en compte, il y a un siècle, aurait évidemment empêché de grandes avancées techniques et surtout de super profits. Mais nous n’en serions pas là aujourd’hui. Les plaisanciers les plus fortunés devraient tous naviguer à la voile, et alors ? Ils seraient obligés d’embaucher de vrais marins, et ce serait une très bonne chose pour tout le monde. Il n’est pas question de refuser le progrès, mais de se demander à chaque fois, quelles seraient ses conséquences s’il était à la disposition de sept à dix milliards d’individus, et le refuser, lorsqu’il paraît évident que cette hypothèse n’est pas soutenable.
« [Le marxisme et le capitalisme] ont en effet la même religion de l’industrie, et le même terrain de jeu : la ville. Pour l’un et l’autre, la campagne [la nature] est un corps étranger qu’on supporte tant bien que mal, en attendant de l’éliminer brutalement par la révolution, et méthodiquement par la technique. » Bernard Charbonneau, Le jardin de Babylone. « [Dans le marxisme, l’homme n’apparaît pas] comme un enfant de la nature, mais comme produit de la société […] Le marxisme définit l’homme de façon purement anthropocentrique par la sociologie de l’histoire, et à l’intérieur de celle-ci par les "lois" de l’économie et de l’exploitation de la nature. La relation de l’être humain au monde qui l’entoure y est "conçue" , dans la lignée de Hegel, comme simple "altérité", comme "négation" de la nature ; et la tâche, le sens de l’existence humaine consistent dès lors à transformer la nature par son travail pour la conformer à ses besoins, c’est-à-dire, en termes hégéliens : à "abolir" la nature en tant que telle pour la "rétablir" à un niveau supérieur […] On est convaincu qu’il s’agit d’une grande performance culturelle d’œuvrer sans relâche pour l’essor de l’humanité aux dépens de la nature et que le "progrès" de cette entreprise constitue le moteur le plus important de l’histoire ». Eugen Drewermann, Le progrès meurtrier, page 53. Le marxisme comme les religions du Livre, considèrent l’être humain comme centre et mesure de l’univers ; quel fantasme douloureux ! « La nature n’est pas un simple "environnement" humain, c’est l’homme qui n’est qu’une partie de la nature » Eugen Drewermann. Défendre la « nature », cela revient à la protéger de l’homme. Mais il ne faut pas se leurrer, les différences de vues entre les « objecteurs de croissance », certains écologistes lucides et le monde de la finance, ne relèvent pas d’une discussion de salon. Il s’agit d’une guerre sans merci. Les enjeux financiers dépassent l’imagination, toute une intelligentsia très fortunée, a son statut à défendre et une armada d’avocats et de scientifiques est à leur solde. En face il n’y a que le pouvoir du bon sens et la possibilité d’émouvoir l’opinion publique malgré la main mise par les multinationales sur les médias. C’est pour cela qu’il faut avoir conscience que le combat est quasiment perdu d’avance. Mais pendant la deuxième guerre mondiale, les résistants se battaient contre l’injustice, sans imaginer la victoire finale. Chacun peut prendre conscience des énormes contradictions que chaque jour, la presse écrite étale dans ses pages, ainsi que celles qui se télescopent d’un reportage à l’autre dans un même journal télévisé. Des contradictions qui révèlent la schizophrénie et la névrose (schizonévrose) dont nous sommes atteints : on nous demande de respecter l’environnement et les ressources de la planète par respect pour les générations futures, et on nous incite à consommer plus et n’importe quoi. Les grandes firmes multinationales, poussent même le
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