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                      Le « Principe féminin »

Le « Principe féminin »

« L’univers chrétien, est un monde incomplet où le sentiment et les symboles féminins de la vie n’ont pas été intégrés » AlanWatts, Amour et connaissance.

Aucun chrétien ne se demande comment il se fait que deux mille ans de christianisme n’ont pas réussi, dans le monde occidental, a éradiquer toute violence, ainsi que ne cessait de le réclamer Jésus. C’est parce que son message a été falsifié par Paul. L’Église est d’abord l’Église de Paul. Même Pierre, Barnabé ainsi que l’Église d’Antioche se sont séparés de lui.

Dans son désir de transformer le judaïsme en religion universelle, Paul n’aurait fait qu’inventer un judaïsme pour païens. Et ce qui, avec Jésus, devait changer la mentalité de l’homme, c’est-à-dire du mâle, a été gommé de son enseignement. Seuls les Évangiles de Marie-Madeleine et de Thomas transmettent le message fondamental de Jésus : la redécouverte du « Principe féminin ». Car il n’y a pas d’amour, de paix et de compassion possibles dans un monde où seule s’exprime la parole et la volonté du mâle. Marie-Madeleine est la consolatrice des apôtres. Elle est la Réformatrice ; elle représente le monde féminin et ses valeurs enfouies dans la soumission par le patriarcat. Elle est celle qui s’exprime enfin, reprend la parole, qui s’empare du Logos réservé au mâle jusque-là. Elle nous révèle que la femme est porteuse du message de paix et de compassion. Deux mille ans après, il serait grand temps de l’écouter enfin, et surtout de la comprendre : « accepterons-nous comme possible qu’une femme ait reçu de semblables paroles de la bouche du Maître ? » Pierre.

 

« Le principe yin-yang rappelle aussi à l’homme sa finalité. Car le yin et le yang, appelés aussi les deux essences, étant les modes d’action du Tao, quiconque s’unit à leur mouvement retrouve par-là même l’unité primordiale.

[…]Pour Lao-tseu, la place d’honneur revenait au côté gauche qui incarne la faiblesse du yin, et par-là est un signe de non-violence et de paix. En revanche, le côté droit, yang et fort, qui est celui de la main qui tient l’épée, était déconsidéré parce que signe de violence et de dispersion, et, par-là, de destruction. Ce n’est que dans les évènements néfastes comme la guerre que le côté droit usurpait au côté gauche la place d’honneur. »

J.-C. Cooper, La philosophie du Tao.


« La société occidentale favorise traditionnellement le côté masculin plutôt que le féminin. Au lieu de reconnaître que la personnalité de chaque homme et de chaque femme est le résultat d’une synergie des éléments féminins et masculins, elle a instauré un ordre statique où tous les hommes sont censés être masculins et toutes les femmes féminines, elle a donné aux hommes les premiers rôles et la plupart des privilèges sociaux. Cette attitude a mené à une valorisation excessive de tous les aspects yang, ou masculins, de la nature humaine : activité, pensée rationnelle, compétition, agressivité, etc. Les modes de conscience yin, ou féminin, qui peuvent être décrits par des modes tels qu’intuitif, religieux, mystique, occulte ou psychique ont constamment été réprimés dans notre société à orientation masculine […] Dans plusieurs traditions orientales l’équilibre dynamique entre les modes de conscience masculin et féminin est le but principal de la méditation et est souvent illustré par des œuvres d’art. Une splendide sculpture de Shiva dans le temple hindou d’Elephanta, montre trois visages du dieu : à droite, son profil masculin manifeste la virilité et volonté de puissance ; à gauche son aspect féminin, doux, charmant, séduisant, et au centre l’union sublime des deux aspects dans la magnifique tête de Shiva Mahesvara, irradiant une tranquillité sereine et une réserve transcendantale. […] On peut trouver les exemples d’unification de concepts opposés en physique moderne au niveau subatomique, où les particules sont à la fois destructibles et indestructibles ; où la matière est à la fois continue et discontinue, et où l’énergie et la matière ne sont que différents aspects d’un même phénomène. » Fritjof Capra, Le Tao de la Physique, pages 152 et 153.

Pour Marcion (85-160), l’Ancien et le Nouveau Testament révèlent deux univers, deux ordres http://philippe.annaba.free.fr/Leprincipe-feminin_fichiers/image001.jpg incompatibles. Ce qu’il y a de révolutionnaire dans le gnosticisme, par rapport à la Bible, c’est le rôle du féminin.

Dans la plupart des religions polythéistes, babyloniennes, égyptiennes ou celtiques par exemple, les femmes participaient à la vie religieuse, donc à la vie sociale, et donc à la politique.

http://philippe.annaba.free.fr/Leprincipe-feminin_fichiers/image002.jpg En revanche le monothéisme comme l’hindouisme, revu et corrigé par les mâles *, ont imposé aux femmes un statut inférieur.

* En Inde la civilisation dravidienne prospéra de 9500 à 1700 av J.-C, époque où elle fut décimée par des envahisseurs à la peau claire, venus du Nord, les Aryens qui imposèrent aux Dravidiens peuple sociable et peu agressif, leurs dieux à prédominance masculine et une éthique guerrière.

Qu’est-ce que les femmes ont donc pu faire subir aux hommes à l’époque du règne incontesté d’Inanna-Ishtar, pour que la gente masculine, sur toute la planète, se soit mise à les soumettre et à les considérer comme des esclaves et comme des objets ? (Voir plus loin, le paragraphe « Gilgamesh » dans « Les dieux usurpateurs »).

Il est totalement sidérant que les femmes aient subi tant de violence et d’injustice depuis plusieurs millénaires sans réagir. Il faut croire que l’endoctrinement et l’asservissement par la crainte ont été le résultat de la pire des dictatures, provoquant même un génocide lorsqu’on connaît ce qui s’est passé et se passe encore en Inde, avec les Lois de Manu qui autorisent le mari, dont les beaux-parents n’ont pas versé la dot promise, à brûler vive sa femme, sans parler des millions d’avortement de filles. Les Lois de Manu, qui représentent l’un des fondements du brahmanisme, insèrent cette institution sociale religieuse, dans le pire des patriarcats. Pour les hindous, Manu est, selon le Vêda, le Père commun des hommes.

La société indienne, en dehors du tantrisme aussi marginal que dénigré, est fondée sur un Ordre d’où la femme est totalement exclue. Seul le « fils aîné » a le pouvoir de « libérer » ou de « sauver » ses ancêtres, et à cette fin, seul il a le droit d’invoquer le dieu Indra.

http://philippe.annaba.free.fr/Leprincipe-feminin_fichiers/image003.jpg « De la naissance à la mort elle [la femme] dépend d’un homme, tout d’abord de son père, puis de son mari, et après le décès de celui-ci, de son fils. » (Tiré des Lois de Manu).

 « Les Hindous appellent du même nom Yoni, le sillon du champ et la vulve, selon Manu, qui fonde l’autorité des hommes sur leurs épouses sur le pouvoir que les agriculteurs exercent sur la terre. » Françoise d’Eaubonne, Les femmes avant le patriarcat. P 113.

Pour en revenir au monothéisme, il est clair aujourd’hui, que Jésus, en tant qu’Essénien, se détourne totalement du judaïsme sur la plupart de ses aspects. Son « Père » n’est ni le chef d’une armée vengeresse, ni un populationniste effréné. C’est Son Amour et l’universalité de tous les hommes http://philippe.annaba.free.fr/Leprincipe-feminin_fichiers/image004.jpg qu’il est venu annoncer, et non le destin d’un peuple particulier qui devrait proliférer sur la terre. Au contraire, ce monde n’est ni le sien, ni celui de ce prétendu « Père » et de son injonction : « Croissez et multipliez ».

http://philippe.annaba.free.fr/Leprincipe-feminin_fichiers/image005.jpg Les gnostiques ne sont pas favorables au mariage et à la famille. Le Jésus gnostique n’a rien de commun avec la nature humaine. Comme pour le Bouddha, tout ce qui naît est appelé à mourir. La terre est le lieu où naissent et périssent sans cesse toutes choses.

Donner la vie, c’est donner la mort, puisque ne meurt que ce qui est né disent les cathares, héritiers des gnostiques.

http://philippe.annaba.free.fr/Leprincipe-feminin_fichiers/image006.jpg Entre les Évangiles apocryphes (à la différence des Livres canoniques, ils ont été refusés par les Pères de l’Église au IVe siècle, parce que considérés comme contraires à la doctrine) et les Évangiles canoniques, se révèlent deux visions du monde totalement opposées. Voici ce que dit Paul dans l’Épître aux Éphésiens (22-24) : « Femmes, soyez soumises à vos maris comme au Seigneur. Car le mari est le chef de la femme, tout comme le Christ est le chef de l’Église. »

Ou encore dans l’Épître aux Corinthiens 1, (XI,3) : « Le chef de tout homme, c’est le Christ ; le chef de la femme c’est l’homme… »

Et aussi dans le 1er Épître aux Corinthiens, verset 34 :

« Comme dans toutes les Églises… que les femmes se taisent dans les assemblées : elles n’ont pas le droit d’y parler. »

C http://philippe.annaba.free.fr/Leprincipe-feminin_fichiers/image028.jpg elle qui rompt le devoir de réserve est assimilée à une pécheresse (comme Marie-Madeleine dans les Évangiles). Seul Jésus se dégagea de cette tradition en confiant sa parole aux femmes et en les instruisant, et même, plus en profondeur que les apôtres ; dans plusieurs écrits gnostiques, elles sont les privilégiées de la révélation.

Selon les gnostiques, Jésus est venu pour redonner à la femme sa place et faire le procès du mâle guerrier, hypocrite qui se cache derrière la loi, les rites et les institutions alors que la femme apporte l’amour.

Rappelons qu’au vieux roi David, on offrit une jeune fille en guise d’élixir de jouvence. Dans la Bible la femme est un bien, une marchandise, un moule sans âme, dans lequel l’homme met sa semence. Aux vielles femmes, jamais l’on n’offrit de jeunes mâles !

Jésus récuse la circoncision qui est le signe de l’Alliance de Dieu avec les hommes et non avec les femmes. Il prône plutôt la « circoncision en esprit » qui n’est pas fonction du sexe.

Ce christianisme gnostique originel fut combattu par Pierre et éradiqué par Paul.

http://philippe.annaba.free.fr/Leprincipe-feminin_fichiers/image007.jpg « Après la mort de Jésus, le courant gnostique, qui continuait à diffuser son enseignement, est entré en conflit déclaré avec le courant judaïsant qui cherchait principalement à faire cadrer le message [du Christ] avec les assises du judaïsme… Courant judaïsant qui finira par triompher. » Françoise Gange, Jésus et les femmes.

Mais c’est surtout Augustin (354-430), qui bâtit sa « Cité de Dieu » sur la peur de la femme et son exclusion, lui interdisant, comme dans la Torah, l’accès aux Écritures, même aux nonnes. Il reste à faire la psychanalyse de l’évêque d’Hippone et donc, celle du christianisme occidental.

« Comment les chrétiennes, attachées à une religion d’amour, avaient-elles supporté, pendant quatre-vingts générations une religion tenue en mains par des hommes qui se méfiaient d’elles ?

[…] Pourquoi les courants de pensée auxquels elles avaient apporté leur soutien furent-ils si souvent condamnés ?

[…] [Lorsqu’au XIIIe siècle les femmes des marchands réapprirent à lire, quelle peur poussa l’Église à leur interdire l’accès aux Écritures ?] » Elisabeth Dufourcq, Histoire des chrétiennes (page 11).

http://philippe.annaba.free.fr/Leprincipe-feminin_fichiers/image008.jpg La redécouverte du « Principe féminin » défendu par Jésus était impossible avant la redécouverte de l’Évangile de Marie, au XIXe siècle. Un texte qui circulait librement dans les premiers siècles du christianisme, puisque certains passages se trouvent commentés par de nombreux auteurs, comme Clément d’Alexandrie, Père de l’Église qui vécu au IIe siècle. Selon l’Évangile de Marie et l’Évangile de Thomas, pour Jésus, la voie d’accès au divin par la spiritualité, ne

peut se découvrir, si on se prive de la part féminine de tout être humain. Sa résurrection, n’y est pas présentée comme corporelle, mais comme spirituelle, en tous ceux qui le comprennent, homme ou femme.

« Et quand du mâle et du femelle un seul vous ferez… » Évangile de Thomas.

On comprend mieux pourquoi Jésus a été crucifié. Ses idées étaient fondamentalement révolutionnaires, elles le sont encore aujourd’hui.

http://philippe.annaba.free.fr/Leprincipe-feminin_fichiers/image009.jpg « Jésus ne se définit jamais, dans ces textes retrouvés [à Nag Hammadi], comme le Fils du Dieu-Père, mais bien comme le fils de la Mère primordiale d’où tout est issu, Mère-Esprit ou Mère-Lumière qui contient le Père. On le voit au contraire se défendre d’un rattachement au Dieu-Père, considéré comme un aspect fragmentaire du divin, car mutilé de sa partie féminine. » Françoise Gange, Jésus et les femmes.

À noter que selon Henry Corbin, dans les langues sémitiques, « Esprit » est du genre féminin. Selon Edmond Fieschi, dans la kabbale, les Aelohim sont des anges, mais « ruach aelohim » signifie « les dieux-déesses » et désigne l’Énergie-Esprit, l’énergie kundalinienne, « shekinah ».

http://philippe.annaba.free.fr/Leprincipe-feminin_fichiers/image011.jpg On comprend que l’Évangile de Marie Madeleine (Maria de Magdala), fut déclaré Évangile apocryphe et détruit par l’Église. Il montre que Marie-Madeleine était la disciple préférée de Jésus, et que leur intimité était à la fois charnelle, intellectuelle et spirituelle. http://philippe.annaba.free.fr/Leprincipe-feminin_fichiers/image010.jpg Si les gnostiques étaient persécutés par l’Église, certains responsables ecclésiastiques se montraient très tolérants et c’est ainsi que des peintures comme La Cène de Léonard de Vinci ou celle d’Alonso Vazquez montrent à l’évidence Marie-Madeleine quasiment sur les genoux de Jésus (pour l’ Église, il s’agirait de Saint Jean !). En déduire comme Dan Brown une postérité à Jésus ne relève que de la fiction, puisque la caractéristique de Marie-Madeleine en tant qu’archétype de la femme libre, porteuse du message de Jésus, être « entier », c’est à dire à la fois yin et yang, c’est qu’elle a dépassé le stade de la maternité.

Les Évangiles canoniques qualifient Marie-Madeleine de pécheresse, parce qu’à l’époque seuls les hommes étaient censés accéder à la connaissance et étudier la Torah. La seule raison étant que si les femmes, soumises, quasiment réduites en esclavage, avaient eu la possibilité de savoir ce que Dieu leur reprochait, elles auraient pu se défendre, argumenter, convaincre, et ainsi sans doute, récupérer leur autorité, mais en revanche, saper également les bases de la religion. C’est d’ailleurs ainsi qu’en 415, Hypatie, une païenne grecque, professeur de philosophie et de mathématiques à Alexandrie fut sauvagement lapidée par les chrétiens sous l’impulsion de l’évêque Cyrille. Le message de Jésus : réintroduire la dimension féminine dans l’homme est incompréhensible pour les apôtres trop imprégnés de culture juive et pour qui la femme est faite pour servir et obéir.

Où est l’humain, après lui avoir ôté le Principe féminin ? Jésus avait appelé ses disciples a devenir pleinement Humains, c’est à dire à réintroduire le Principe féminin en eux, et ils ne l’ont pas entendu ! « Devenons l’Être humain dans son entièreté, laissons-le prendre racine en nous et croître comme Il l’a demandé. » Évangile de Marie.

http://philippe.annaba.free.fr/Leprincipe-feminin_fichiers/image012.jpg Marie-Madeleine sentait l’homme intérieur en elle-même, et étant « entière », pouvait alors comprendre le Tout, avoir une compréhension globale des choses, une compréhension non fragmentée, car le Tout est indivisible.

« Celui qui connaît la virilité mais contient la féminité, deviendra un bassin où s’accumule toute la force du monde. » Lao-tseu, Tao Te King.

Notons au passage que la compréhension non fragmentée, compréhension globale des choses, est également un principe essentiel du taoïsme.

Seule Marie-Madeleine put recevoir cette initiation, ainsi que Thomas qui était dans l’incapacité d’expliquer ce fameux message aux autres apôtres :

http://philippe.annaba.free.fr/Leprincipe-feminin_fichiers/image013.jpg « Jésus l’emmena à l’écart et lui dit trois mots… Quand Thomas revint vers ses compagnons, ceux-ci l’interrogèrent : "Que t’a dit Jésus ?" Thomas leur répondit : "Si je vous disais une seule des paroles qu’il m’a dites, vous prendriez des pierres et les lanceriez contre moi ; et du feu en sortirait pour vous brûler". » Évangile selon Thomas.

http://philippe.annaba.free.fr/Leprincipe-feminin_fichiers/image014.jpg Il est bien curieux qu’on retrouve cette parabole chez le Soufi Abû Hurayra : « J’ai gardé précieusement dans ma mémoire deux trésors de connaissance que j’avais reçus du messager de Dieu ; l’un, je l’ai rendu public, mais si je divulguais l’autre, vous me trancheriez la gorge. »

Quels peuvent bien être ces trois mots ? Pourquoi pas : « Retrouve la femme qui est en toi » ou « en toi est la femme » ? Parce qu’aucune autre parole n’aurait pu mettre hors d’eux les autres apôtres, surtout Pierre.

Marie Madeleine est la première à avoir vu Jésus ressuscité ; non pas avec des « yeux de chair », mais par la vision « imaginale des prophètes ». Jésus lui demande d’annoncer l’évènement aux apôtres et de les envoyer évangéliser de par le monde. Pierre en est choqué :

http://philippe.annaba.free.fr/Leprincipe-feminin_fichiers/image015.jpg « Pierre : " Est-il possible que le Seigneur se soit entretenu ainsi avec une femme, sur des secrets que nous, nous ignorons ? Devons-nous changer nos habitudes et écouter cette femme ? L’a-t-Il vraiment choisie et préférée à nous ? " » Évangile de Marie.

Pierre n’aimait pas particulièrement les femmes. Il se méfiait même de sa propre fille :

« En effet, sa fille étant jolie à voir, et ayant déjà provoqué un scandale à cause de ses belles formes, il se mit en prière et elle devint paralysée…

http://philippe.annaba.free.fr/Leprincipe-feminin_fichiers/image016.jpg « Grâce à l’autorité de son père, Pétronille (nom de la fille de Pierre), mourra "sainte, vierge et martyre" . Ce qui choque surtout Pierre, c’est qu’une femme puisse avoir une primauté sur lui et sur ses hommes et qu’elle en sache plus qu’eux. Pour un Juif de l’époque, c’est quelque chose d’impensable. Comme chaque homme pieux, chaque matin, Pierre remerciait Dieu de ne pas l’avoir créé "infirme, pauvre ou femme". Pour Pierre les femmes sont créées pour servir, obéir et satisfaire les hommes. » Jean-Yves Leloup, L’Évangile de Marie.

Il n’est donc pas étonnant que Pierre montre de l’animosité envers Marie-Madeleine, mais Jésus lui rappelait que c’était parce que la compréhension de Marie, était supérieure à la leur :

http://philippe.annaba.free.fr/Leprincipe-feminin_fichiers/image011.jpg « "Pourquoi l’aimes-tu plus que nous tous ? " Le Sauveur répondit : "Comment se fait-il que je ne vous aime pas autant qu’elle ? " » Évangile de Marie.

Plus récemment, dans les années 1970, fut retrouvé en Moyenne-Égypte, L’Évangile de Judas, mentionné d’ailleurs dès le IIe siècle par le pourfendeur des doctrines gnostiques, saint Irénéé. Cet Évangile révèle la croyance de Jésus et de Judas en « Barbélo », Principe féminin issu de l’Entité divine inconnaissable, transcendante et parfaite.

http://philippe.annaba.free.fr/Leprincipe-feminin_fichiers/image017.jpg « Comme le faisait remarquer Graf Dürckheim (1896-1988), la découverte du spirituel aujourd’hui comme hier, passe par une réconciliation avec le féminin… et au plan universel, une rencontre sans opposition et sans confusion entre Orient et Occident. » Jean-Yves Leloup, L’Évangile de Marie.

Même si les « Pauliniens » se heurtaient avec la secte des judéo-chrétiens encore plus radicaux, et qui voulaient conserver la circoncision et le sabbat, Pierre et Paul ont essayé et réussi une sorte de « récupération judaïque » du message révolutionnaire de Jésus. L’Assemblée de Jérusalem dans les Actes des Apôtres (XV,6) est révélatrice à cet égard.

http://philippe.annaba.free.fr/Leprincipe-feminin_fichiers/image018.jpg « Je suis d’avis qu’il ne faut pas tracasser les païens qui se convertissent à Dieu. Qu’on leur signifie seulement qu’ils ont à s’abstenir des viandes offertes aux idoles, de la débauche, de l’usage des viandes étouffées, et du sang. Car Moïse, depuis de nombreuses générations, a dans chaque ville, ses prédicateurs, puisqu’on en fait l’étude dans les synagogues tous les sabbats ».

Les textes gnostiques du début du christianisme, ne renferment aucune référence à Moïse. Même dans les Évangiles canoniques, Jésus ne parle jamais d’Ève ni du péché originel !

Les gnostiques ne reconnaissent pas le Dieu de la Bible, ce démiurge créateur d’un monde inique. Qui se recommande du Dieu biblique, qui le sert, s’embourbe dans la malédiction. Pour Simon le Samaritain gnostique éminent, appelé, dans les Évangiles, Simon le Magicien, du Silence Invisible naît le Père, une puissance mâle et femelle, conformément à la puissance infinie préexistante qui n’a ni commencement ni fin.

http://philippe.annaba.free.fr/Leprincipe-feminin_fichiers/image034.jpg C’est ce qu’explique la Pistis Sophia (Foi-Sagesse ou Foi de la Sagesse), qui fait partie du « Codex de Londres » (British Museum). En grec, « pistis », c’est la foi, la fidélité.

C’est un traité de 178 feuillets, découvert en Égypte au XVIIIe siècle, datant du IVe siècle, écrit en copte par Valentin et qui relate les dialogues entre Jésus, Marie- Madeleine et les apôtres.

Pour certains gnostiques comme les nicolaïtes, s’inspirant de la Pistis Sophia, c’est également Barbélô, la Mère céleste, Mère des Vivants, émanation de l’Esprit suprême, qui aurait engendré par erreur le créateur de ce bas monde, Ialdabaôth, ou Sabaôth, le démiurge devenu le Père , le Dieu de la Genèse.

http://philippe.annaba.free.fr/Leprincipe-feminin_fichiers/image019.jpg Dans L’Hypostase des Archontes, l’Archonte, le démiurge, en fait Yahvé, « a souillé Ève », la dépouillant de son âme pour la rendre « uniquement charnelle » afin de pouvoir la dominer, et il a endormi Adam, « le jetant dans le sommeil de l’ignorance », et les rivant ainsi tous deux au monde de la matière, en leur interdisant les fruits de l’Arbre de la Connaissance qui leur permettrait de retrouver leur dimension spirituelle.

http://philippe.annaba.free.fr/Leprincipe-feminin_fichiers/image020.jpg Quant aux ophites (ophis = serpent), ils vénéraient le Serpent, symbole de la Mère (Sophia), qui devait apporter la vérité à Adam et Ève, leur ouvrir les yeux grâce à la gnose afin qu’ils comprennent que ce Dieu qui se dit « suprême », n’est qu’un démiurge, usurpateur du pouvoir de la Mère. Mais le Dieu de la Bible, fou de colère, jeta le Serpent en bas des cieux et le maudit à jamais ainsi qu’Adam et Ève. Le symbole du serpent qui promet à Ève de lui donner le pouvoir de Dieu, c’est en fait le serviteur de la déesse qui tente de lui rendre son pouvoir usurpé par le Mâle. Comme Lilith, elle sera rejetée de l’Eden. Précisons qu’Adam et Ève n’ont pas été chassés du paradis parce qu’ils se seraient accouplés, puisque bien antérieurement, Yahvé leur avait enjoint de « croître et de multiplier ». Cette séquence sur la soudaine honte devant leur nudité relève de la pudeur excessive des hébreux en général et des rédacteurs de la Bible en particulier. Elle sera à l’origine du puritanisme, une « névrose judéo-christiano-musulmane », qui sévit encore.

La plupart des sectes gnostiques vénèrent une Mère primordiale que son fils, appelé démiurge, Ialdabaôt, Sabaôt ou Yahvé, aurait rejetée et qui aurait créé ce monde imparfait. La tâche de Jésus étant de ré-instaurer le Principe féminin perdu.

http://philippe.annaba.free.fr/Leprincipe-feminin_fichiers/image021.jpg La colombe, c’est l’oiseau, le symbole de la Mère, récupéré par le christianisme comme symbole du mystérieux Saint-Esprit, qui n’est autre, selon Françoise Gange, « que le 3e membre de la sainte Famille : la Mère réintroduite au statut divin, à côté du Père et du fils, dans ce message révolutionnaire de réconciliation du féminin et du masculin que venait apporter Jésus ». Un message qui a donc été occulté.

« Jésus dit : "Celui qui ne haïra pas son père et sa mère comme moi ne pourra pas devenir mon disciple. Et celui qui n’aimera pas son père et sa mère comme moi ne pourra pas devenir mon disciple. Car ma mère charnelle m’a engendré à la mort, mais ma mère véritable, elle, m’a donné la Vie". » Évangile de Thomas, Logion 101.

À comparer avec Luc, 14, 26-27 : « Si quelqu’un veut venir à moi sans haïr son père et sa mère, sa femme et ses enfants, ses frères et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peur être mon disciple ».

La parole de Jésus semble ici tronquée, et la signification limitée au fait que pour le suivre, il faut se détacher de tout, même de ce qui est le plus cher. Mais pourquoi donc employer des paroles si révoltantes pour exprimer quelque chose de si banal ?

http://philippe.annaba.free.fr/Leprincipe-feminin_fichiers/image022.jpg Alors que pour Jésus, sa Mère, c’est le Saint-Esprit, la grande Mère, symbole du Principe féminin. Jésus le fils est venu ré-instaurer le Principe féminin, le Saint-Esprit afin de rétablir l’intégrité du Père. (H.C. Puech, En quête de la Gnose tome II, page 247).

L’Esprit, Pneuma ou « Souffle », est le « Principe féminin »

Et le blasphème contre l’Esprit, est impardonnable :

« Qui a blasphémé contre le Père, on lui pardonnera… qui a blasphémé contre l’Esprit, on ne lui pardonnera pas, ni sur terre, ni dans le ciel. » Évangile de Thomas, logion 49.

http://philippe.annaba.free.fr/Leprincipe-feminin_fichiers/image023.jpg « Négliger ou dévaluer la part féminine de tout être humain, comme cela a été fait dans les religions, c’est priver la spiritualité d’une de ses voies privilégiées d’accès au divin. » Arlette Fontan, Cachez ce sexe que je ne saurais voir.

La tâche du gnostique, hier comme aujourd’hui, est donc de réhabiliter le principe féminin, déjà en soi-même.

http://philippe.annaba.free.fr/Leprincipe-feminin_fichiers/image024.jpg Selon l’Évangile de Vérité de Valentin (IIe siècle), à travers l’illumination (satori) et la connaissance, le salut peut atteindre non seulement l’âme individuelle, mais l’univers tout entier. De même que pour les bouddhistes, on ne peut sauver le monde sans se sauver soi-même.

Comme l’a exprimé Henri Corbin, la gnose est une philosophie prophétique.

http://philippe.annaba.free.fr/Leprincipe-feminin_fichiers/image026.jpg Toutefois il ne faut pas oublier la difficulté de synthétiser la gnose, tant elle est diverse, et si rares sont les documents, puisque l’Église s’est acharnée à brûler tout ce qui lui tombait entre les mains. Les Pères de l’Église ont concouru à la confusion en qualifiant souvent de gnostiques tous les hérétiques, qu’ils connaissaient mal, mais qui pour eux, étaient tous dans l’erreur.

Certains gnostiques pensaient que le corps du Christ était virtuel, et qu’il était donc une partie de ce Dieu inconnaissable auquel ils croyaient. http://philippe.annaba.free.fr/Leprincipe-feminin_fichiers/image029.jpg Basilide et Valentin, niaient la dimension humaine du Christ (docétisme), pour en faire une entité purement divine, ce qui est en contradiction avec le fait que « l’agnostos theos » n’ait rien à voir avec notre monde. Certaines théories sont contradictoires d’une école, d’une région, d’une époque à l’autre. http://philippe.annaba.free.fr/Leprincipe-feminin_fichiers/image027.jpg Certaines sectes gnostiques ont élaboré des systèmes de croyance totalement incohérents pour notre époque, avec de nombreux niveaux de dieux, d’anges, d’esprits, de démons, qui se mélangent avec des héros des mythologies orientales et même de la mythologie grecque.

Le rejet de l’Ancien Testament, amène certains à en prendre même le contre-pied. Par exemple les caïnites http://philippe.annaba.free.fr/Leprincipe-feminin_fichiers/image030.jpg prennent la défense de Caïn, agriculteur pacifique, contre Abel, éleveur et nomade, qui, soutenu par Yahvé, devait pratiquer des razzias contre les cultivateurs-cueilleurs, soutenus par la déesse-Mère.

Et en effet, les païens (de « paganus », paysan, en latin), des agriculteurs du pays prospère de Canaan seront envahis et asservis par les Hébreux, et leur croyance en
http://philippe.annaba.free.fr/Leprincipe-feminin_fichiers/image031.jpg la déesse Mère interdite, punie de mort.
De même les caïnites cherchent à réhabiliter les habitants de Sodome et Gomorrhe qui selon eux, refusaient d’adorer Yahvé-Satan et restaient fidèles à la déesse Mère. Comment un anthropologue comme René Girard dans Des choses cachées depuis la fondation du monde, peut-il rester aveugle à ces évidences et en rester à son explication du meurtre fondateur : « … la leçon biblique c’est que la culture née de la violence doit retourner à la violence ». Alors que c’est Yahvé (inventé pour justifier le pire des patriarcats), qui justement est le seul responsable de la violence contre la Mère et de l’injustice vis-à-vis de Caïn l’agriculteur.
C’est ainsi également que L’Évangile de Judas, d’inspiration caïnite, voit dans Judas,
http://philippe.annaba.free.fr/Leprincipe-feminin_fichiers/image032.jpg non un traître, mais celui par qui l’Esprit du Christ sera délivré de son enveloppe charnelle : « Car tu sacrifieras l’homme qui me revêt ». Des systèmes qui toutefois, ne sont pas plus absurdes que ceux qui sont issus de la Bible, du Coran, ou des spéculations des Pères de l’Église.

En revanche, il y a une constante chez tous les gnostiques. En particulier, pour eux, ce n’est pas la résurrection de Jésus qui mène au salut, mais la Connaissance. Les points communs sont également dans le refus de ce monde et le refus de la procréation sous le joug du patriarcat, tout en militant pour une réintégration du féminin déchu.

Du gnosticisme, les cathares ont su tirer la substantifique moelle.

                

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